Pierre Streit

L'Irak, laboratoire de la privatisation de la guerre à grande échelle?

Les derniers chiffres officiels montrent que le nombre de "civils" sous contrat présents en Irak dépasse désormais celui des militaires américains. Une telle privatisation du conflit pose une série de questions, dont la plus importante est peut-être: qui dirige réellement l'effort de guerre et de reconstruction américain, en fonction de quels objectifs? Plus de 180'000 "civils" - américains, étrangers et irakiens - travaillent actuellement en Irak avec un contrat américain. Ce chiffre semble même en deça de la réalité, car il ne tient pas compte des agents de sécurité privés, qui protègent les membres du gouvernement irakien, les bâtiments officiels ou les représentations diplomatiques étrangères. D'un point de vue purement opérationnel, un engagement aussi massif de "privés" pose de sérieux problèmes de coordination. Dans un pays où la menace vient de partout et où les troupes régulières américaines, sous pression permanente, ont la gâchette facile, la question de l'identification ami-ennemi devient centrale. Au final, on peut se demander si la privatisation de l'U.S. Army elle-même n'est pas en cours, vu les interactions qui existent entre elle et les différents acteurs "privés" (recrutement des personnels, sous-traitance de tâches, ...), et quelle place reste-il encore à la conduite politique américaine, démocratiquement élue ...

 

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Un reproche courant fait aux services de renseignement est leur apparentement à des services historiques. Au lieu d'anticiper les développements possibles ou probables d'une situation, ils se contenteraient d'en faire le compte rendu… avec une journée de retard. S'il est vrai que pour comprendre une situation actuelle, il est indispensable d'en connaître l'histoire, sur la courte comme sur la longue durée, la tâche première d'un service de renseignement est d'anticiper les événements sous forme de "développements possibles" ou "probables", voire sous forme d'alarmes ou de "warnings". Evidemment, le risque de "crier au loup" est grand, d'où une grande prudence ... Tout le travail du spécialiste du renseignement tourne autour de trois termes: ce qui est le plus dangereux, ce qui est possible, ce qui est probable. Dans cet ordre d'idées, les grands Etats occidentaux font élaborer des documents de prospective sensés esquisser des tendances pour les 25-50 prochaines années. Le dernier document en date est celui du ministère de la défense britannique. Tout le problème de ce genre de travail est de ne pas sombrer dans des prédictions "à la Nostradamus" et avant tout de bien identifier les tendances "lourdes" (démographie, urbanisation de la population, réchauffement climat) et leurs conséquences "possibles". Toute autre approche conduit à des développements non pas "possibles" et encore moins "probables", mais plutôt apocalyptiques que ne renierait pas un Orwell ("1984") ou un Huxley ("Le meilleur des mondes").   PS
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L'annonce récente d'une augmentation des dépenses de défense et surtout la confirmation de la construction de deux porte-avions de 65'000 tonnes ont pu faire croire que la Grande-Bretagne, première puissance militaire européenne, entendait poursuivre son effort de défense et s'en donner les moyens. Or, depuis plusieurs mois, la presse britannique se fait l'écho d'une réduction possible et drastique du nombre de navires et de sous-marins. A terme, la Royal Navy pourrait bien se résumer à deux groupes aéronavals et un groupe amphibie. Que de chemin parcouru depuis l'époque où la "Home Fleet" régnait encore sur les mers ... A l'instar des forces terrestres et des forces aériennes, les forces navales sont aussi confrontées actuellement à une transformation (ou une adaptation) et à des choix cruciaux: faut-il construire deux porte-avions lourds et tous les moyens d'escorte nécessaires ou miser sur des navires polyvalents? Comment lutter contre la piraterie, si ce n'est par l'engagement d'avisos ou de patrouilleurs moins coûteux mais bien armés et prépositionnés dans les zones sensibles? Le sous-marin nucléaire d'attaque est-il préférable au sous-marin à propulsion classique, moins onéreux mais disponible en plus grand nombre et doté de capacités dissuasives? En Grande-Bretagne comme ailleurs en Europe, de certains choix cruciaux vont dépendre durant les vingt prochaines années le poids et le rôle de l'Europe sur les mers.   PS
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A force d'entendre des exposés sur la guerre dite "asymétrique" ou de lire des articles qui mélangent allègrement trois modes opératoires, il n'est pas inutile de revenir sur certains "fondamentaux". A cet égard, le règlement «Conduite opérative XXI (COp XXI)» de l'armée suisse fournit les éléments nécessaires: 1) Les conflits peuvent avoir lieu de manière symétrique, dissymétrique ou assymétrique. Dans les faits, ils se caractérisent par une combinaison de ces trois formes (chi 31). Définir la deuxième guerre du Liban comme un conflit seulement asymétrique est donc erroné. L'utilisation de vecteurs balistiques contre des concentrations de populations civiles n'en est sûrement pas le signe. Que ce soit pendant la Seconde Guerre mondiale (V1 et V2) ou pendant la guerre irako-iranienne, ce mode opératoire a été largement utilisé. 2) Dans un "conflit symétrique", les objectifs poursuivis par les partis en présence (de l'échelon tactique à l'échelon stratégique) sont semblables (chi 32). 3) Dans un "conflit dissymétrique" - qu'on tend à confondre avec le conflit asymétrique -, les objectifs recherchés par les partis en présence restent comparables. Le déséquilibre des moyens (sur le plan doctrinal, organisationnel ou matériel) permet cependant à l'un des protagonistes de prendre l'avantage et de l'exploiter (chi 33). 4) Dans un "conflit asymétrique", "un parti en présence ne veut ou ne peut pas mener le combat de manière (dis)symétrique en raison de son infériorité (sur le plan de la doctrine, des structures et des moyens) et tente, par conséquent, d'exploiter de manière ciblée les vulnérabilités adverses (telles que l'opinion publique, les sensibilités culturelles, juridiques ou ethniques)" (chi 34). Les attentats du 11.09.01 sont l'exemple paradigmatique, à l'instar de la tentative avortée qui débouche sur l'assaut de Marignane (1994). En outre, "les forces armées doivent respecter les principes du droit international des conflits armés (DICA) sans que la partie adverse ne le fasse nécessairement". De la bonne compréhension de ces trois formes dépendent l'image que l'on se fait de l'adversaire ou de la partie adverse et in fine les missions que l'on assigne aux forces armées.   PS
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La dernière édition de l' "Année stratégique" met en évidence notamment l'augmentation des dépenses militaires dans le monde. En hausse de 37% sur les dix dernières années, celles-ci ont retrouvé leur niveau de la guerre froide. Les Etats-Unis (avec 46 % du total), la Russie, la Chine et l'Inde sont les principaux acteurs de cette remilitarisation de la planète. La globalisation des rapports entre les Etats et leur interdépendance (économie, transports, technologies) ont pu faire oublier un temps que les forces armées restaient un facteur de puissance et d'influence, au même titre que la monnaie ou la culture. Les différentes zones de turbulence mondiales sont là pour le rappeler. Et l'Europe? Force est de constater que le "Burden-Sharing" reste très inégalement réparti. A elles seules, la France et la Grande-Bretagne assument plus de 40 % des dépenses de défense de l'Union européenne, alors que les autres grands acteurs militaires européens sont très en retrait (Allemagne, Italie, Espagne). Quant à la Suisse, son effort de défense la place désormais - avec moins de 1 % du PIB - dans le bas du classement européen, loin derrière les nouveaux membres de l'UE. Au moment où plusieurs pays (France, Finlande en particulier) repensent leur effort de défense sous le triple angle des menaces-missions-moyens, le temps où il suffisait d'invoquer les "dividendes de la paix" pour justifier une réduction linéaire des dépenses militaires semble bien révolu. Encore faut-il en prendre conscience ...   PS
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Que s'est-il réellement passé dans la région de Deïr az-Zor, le 6 septembre dernier? Depuis deux semaines, la presse internationale se perd en conjectures, alors que l'Etat hébreu refuse toujours de commenter l' "incident" qui, selon la Syrie, n'aurait fait ni victimes ni dégâts. Diverses hypothèses sont avancées pour expliquer cette action. L'aviation israélienne aurait détruit des missiles fournis par la Corée du Nord. L'objectif aurait été éclairé par un commando des forces spéciales israéliennes. Selon des responsables militaires américains, la frappe israélienne aurait eu pour cible des armes destinées au Hezbollah libanais via la Syrie. Deux hypothèses semblent peu probables. Celle d’une frappe visant un convoi d’armes à destination du Hezbollah. Et celle, avancée implicitement par les officiels israéliens, de restaurer leur «capacité de dissuasion». L’opération a provoqué la colère de la Turquie, qui n’avait pas été informée et dont le soutien est crucial pour Israël. Les chasseurs israéliens ont traversé le territoire turc, larguant au passage des réservoirs. Plusieurs sources évoquent la possibilité d’un site abritant du matériel nucléaire, récemment livré par la Corée du Nord. Damas maîtrise l’arme chimique, mais le nucléaire paraît hors de sa portée. Dernière possibilité, la plus crédible : un raid visant un entrepôt de missiles récemment fournis par l'Iran, permettant de frapper tout le territoire israélien. Avec un message à la fois militaire et politique: "Ne faites pas le jeu de Téhéran, ou vous en paierez le prix les premiers".
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Face à la volatilité de la situation irakienne, l’armée américaine tend à se tourner vers le passé, afin de comprendre comment conduire avec succès une « contre-guérilla » ou une « contre-insurrection ». L’exemple qui suscite le plus d’intérêt est la guerre d’Algérie (1954-1962) et la bataille d’Alger (1957). En Algérie comme en Irak, les foyers d’instabilité principaux se trouvent en ville. Dans les deux cas, l'adversaire est partout et nulle part; une armée régulière est confrontée à des formes de guérilla ou à des groupes armés adeptes du terrorisme de masse; le temps joue en leur faveur. Les deux conflits présentent aussi des différences, dans la mesure où en Algérie, l'armée française avait la conviction de combattre sur son sol, avec l'appui d'une partie de la population, les "Pieds-Noirs" (plus de 10% de la population algérienne en 1959) et les harkis. "Comparaison n'est donc pas raison", et des parallèles trop faciles contribuent à donner de deux situations historiques complexes une image trop schématique. L’exemple algérien fait presque oublier que les Britanniques ont été confrontés eux aussi à une insurrection en Irak en 1920. Lorsqu’ils occupent la Mésopotamie en 1914, ils n’ont pas l’intention d’y créer un Etat. Leur souci immédiat est alors de protéger leurs intérêts dans le Golfe persique. Mais dès 1918, leur occupation s’étend sur tous les territoires qui forment l’Irak actuel. Partout, une administration est établie sur le modèle des Indes britanniques, mélange d’administration centralisée (Bagdad) et décentralisée (élites locales). La mainmise britannique sur le pouvoir central suscite une révolte générale en 1920, matée en cinq mois au prix de milliers de morts. La principale leçon que les Britanniques tirent de ces événements est la nécessité de mettre sur pied un gouvernement local, avec une armée et une administration, et donc de recourir aux services des élites administratives et militaires de l'ex-Empire ottoman, sunnites arabes pour la plupart. Evidemment, l'influence britannique se perpétue grâce à des "conseillers" ou des bases militaires. Cette formule est à l'origine du régime de Saddam Hussein. Pour les Américains, il semble trop tard pour tirer des leçons du même type, alors que le pays est déjà en proie à une guerre civile qui ne dit pas son nom.   PS
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Les derniers chiffres officiels montrent que le nombre de "civils" sous contrat présents en Irak dépasse désormais celui des militaires américains. Une telle privatisation du conflit pose une série de questions, dont la plus importante est peut-être: qui dirige réellement l'effort de guerre et de reconstruction américain, en fonction de quels objectifs? Plus de 180'000 "civils" - américains, étrangers et irakiens - travaillent actuellement en Irak avec un contrat américain. Ce chiffre semble même en deça de la réalité, car il ne tient pas compte des agents de sécurité privés, qui protègent les membres du gouvernement irakien, les bâtiments officiels ou les représentations diplomatiques étrangères. D'un point de vue purement opérationnel, un engagement aussi massif de "privés" pose de sérieux problèmes de coordination. Dans un pays où la menace vient de partout et où les troupes régulières américaines, sous pression permanente, ont la gâchette facile, la question de l'identification ami-ennemi devient centrale. Au final, on peut se demander si la privatisation de l'U.S. Army elle-même n'est pas en cours, vu les interactions qui existent entre elle et les différents acteurs "privés" (recrutement des personnels, sous-traitance de tâches, ...), et quelle place reste-il encore à la conduite politique américaine, démocratiquement élue ...   PS
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Mercredi 3 juillet, le parlement russe a adopté, en troisième lecture, une loi autorisant le géant énergétique Gazprom, ainsi que Transneft (monopole des oléoducs), à entretenir leur propre service de sécurité, armé et doté de pouvoirs élargis. En clair: les agents de sécurité auront les mêmes prérogatives que les forces de l'ordre de l'Etat russe. Le projet de loi doit encore être approuvé par le président Poutine, mais son appui est acquis. On lui prête d'ailleurs l'intention après 2008 de reprendre la direction de ... Gazprom ... D'autres entreprises sont sur les rangs: banques, chemins de fer, mais aussi petites et moyennes entreprises soucieuses de protéger leurs biens. Cette nouvelle est l'une des formes de la désormais reconnue "privatisation de la sécurité" ou "privatisation de la guerre". Si l'Etat russe y est confronté, tel est aussi le cas des Etats occidentaux, y compris la Suisse. Ses formes sont multiples et d'autant plus difficiles à appréhender que les liens qui existent entre Etats et entreprises "privées" sont étroits, voire ténus. L'entreprise militaire ou sécuritaire privée est donc en plein essor et pose une série de questions non seulement juridiques, mais aussi politiques (rôle de l'Etat, monopole de la violence). Car sous couvert de juteuses affaires, il y a des pratiques et parfois des dérapages dont les conséquences ont un coût politique très lourd.   PS
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Faut-il craindre un retour à une nouvelle "guerre froide"? Les propos menaçants du président Poutine sembleraient le laisser croire, tant il est vrai que l'installation d'un radar en République tchèque et de batteries de missiles intercepteurs en Pologne semblent inacceptables pour Moscou. Depuis la chute de l'Union soviétique, la Russie s'est vue reléguée au rang de puissance secondaire et a dû assister impuissante à l'élargissement de l'OTAN aux pays baltes et à l'Europe orientale, à l'installation de bases américaines en Asie centrale, à la montée en puissance de la Chine et à un renforcement de la présence militaire américaine dans le Pacifique occidental. La quadrature du cercle en quelque sorte, alors que la Russie reste membre permanent du Conseil de sécurité, détient un arsenal nucléaire encore impressionnant, s'impose désormais comme un acteur incontournable dans le "grand jeu" que se livrent les États pour l'accès aux matières premières. Faut-il donc craindre cette résurgence russe? La réponse ne peut être que nuancée. Le traité ABM de 1972 a été dénoncé unilatéralement par les États-Unis en 2001. Un retrait éventuel russe du traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE) apparaîtrait d'autant moins comme un retour à la guerre froide que les forces conventionnelles russes restent dans un état précaire et que leur modernisation est un processus de longue haleine. Face à ce qui est perçu - à tort ou à raison - comme une relance de la course aux armements, la Russie se sent menacée et mise désormais sur un renforcement de ses moyens balistiques tactiques et stratégiques, qu'ils soient nucléaires ou non. Là est le réel danger. Pour l'Europe et en particulier l'Union européenne, si absente des problèmes stratégiques, cette controverse devrait être l'occasion de s'interroger à la fois sur la nature du lien transatlantique qui l'unit encore aux États-Unis et sur sa capacité en tant qu'union à faire face à une menace bien réelle et pas seulement russe, la menace balistique.   PS
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Le renforcement de la présence militaire américaine dans l'océan Pacifique se confirme. Outre le repositionnement des forces US dans le sud du Japon, ainsi que le stationnement du porte-avions "USS George Washington" (CVN 73) dans le port de Yokosuka dès 2008, les Etats-Unis vont conduire cet été, dans le secteur de Guam, des manoeuvres aéronavales de grande envergure (3 porte-avions et leurs escortes). Depuis 2006, les exercices "VALIANT SHIELD" sont les plus importants menés par la marine américaine depuis la fin de la guerre du Vietnam. Le redéploiement militaire américain se fait le long d'un axe connu, îles Hawai (Midway)-Wake-Guam: - dès cette année, la majorité des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) seront basés à Bangor, WA; - d'ici 2010, la majorité des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) seront stationnés dans le Pacifique; - la base de Pearl Harbour devrait accueillir un groupe amphibie (plus de 2'000 Marines); - la base de Guam est appelée à devenir une base de première importance (Air Force, Navy et Marines). Il ne s'agit là que des mouvements de forces visibles, qui ne tiennent pas compte des bases inactives ("dormantes") telle l'île de Pago Pago ou encore des facilités aériennes et navales que les Etats-Unis recherchent avec des pays géographiquement bien placés (Singapour, Philippines). Au-delà d'une rhétorique bien rodée (guerre globale contre le terrorisme), ces différentes annonces ne manqueront pas d'être interprétées à Pékin comme le signe de la poursuite d'une politique de "containment" déjà menée à la fin des années 1940, en pleine "guerre froide".   PS
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Au-delà du scepticisme  et de la mauvaise foi de certains gouverments, le réchauffement climatique est désormais un fait avéré. D'ici 2050, les premiers effets de ce phénomène devraient se manifester et influencer les relations internationales. L'océan arctique est concerné en premier lieu, car sa glace est en train de fondre. L'océan arctique canadien pourrait ainsi être libre de glaces durant l'été d'ici à 2050 et permettre l'ouverture de nouvelles routes maritimes. Ce développement climatique devrait générer plusieurs tendances durables: l'affirmation du rôle du Canada; le renforcement de la stratégie pétrolière de la Russie, en particulier en mer de Barents, où les différends ne manquent pas avec la Norvège; l'aggravation des risques de pollution liés à l'exploitation des hydrocarbures offshore. Les tensions internationales devraient être accrues par les multiples différends territoriaux, le partage des ressources naturelles et in fine le libre accès aux nouvelles routes maritimes, en premier lieu la route du Nord-Est.   PS
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On croyait tout savoir sur le débarquement de Normandie. Pourtant, l'ouvrage d'Olivier Wieviorka Histoire du débarquement en Normandie - Des origines à la libération de Paris 1941-1944 (Paris, Seuil, 2007) nous démontre le contraire. À travers  un récit s’appuyant sur les nombreux travaux antérieurs, et sur des archives inédites, l'historien français dégage les enjeux non seulement militaires, mais aussi politiques, économiques voire culturels de l’événement et corrige quelques idées reçues. La coopération anglo-américaine ne fut pas aussi parfaite que les photos du SHAEF ne le laissent croire. La mobilisation industrielle des Etats-Unis, pourtant considérable, n'a jamais permis d'éviter les carences logistiques. La motivation des soldats américains, volontiers présentés comme les "libérateurs de l'Europe", fut beaucoup plus variable. Malgré quelques inexactitudes et certaines lourdeurs, l'ouvrage d'Olivier Wieviorka apparaît comme une nouvelle référence en français sur le sujet. PS
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Les cérémonies officielles du 25e anniversaire de la guerre des Malouines auront lieu à Londres du 14 au 17 juin 2007. Si l’Argentine et la Grande-Bretagne ont rétabli leurs relations diplomatiques en 1990, Buenos Aires continue de revendiquer outre les Malouines, la Géorgie du Sud, une île dépendant des Malouines, ainsi que les îles Sandwich du Sud, autre possession britannique de l’Atlantique Sud. La guerre des Malouines reste la seule bataille aéronavale d’envergure depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. La Grande-Bretagne mobilisa plus d’une centaine de navires et mit sur pied le plus important corps expéditionnaire depuis la crise de Suez de 1956. La fougue avec laquelle les pilotes argentins attaquèrent la Royal Navy força l’admiration générale. La détermination de Margaret Thatcher assit sa réputation de « Dame de Fer ». De nombreuses interrogations subsistent : Pourquoi la junte argentine s’est-elle lancée dans une telle aventure ? Le gouvernement britannique a-t-il été réellement surpris par l’invasion argentine ? Comment est-il parvenu à mettre sur pied si rapidement un tel corps expéditionnaire ? Quelle furent les enjeux diplomatiques de cette crise ? Quelle fut l’attitude de la France ? Et celle du Chili ? Quel jeu complexe les États-Unis menèrent-ils dans cette affaire ? Le rôle des forces spéciales et des services de renseignement fut-il déterminant ? Quel fut l’impact des médias ? Les Argentins auraient-ils pu gagner la guerre ? Quels enseignements militaires peut-on retenir de ce conflit ? Les Malouines présentent-elles vraiment un intérêt stratégique ? C’est à toutes ces questions que répondent les auteurs du livre La guerre des Malouines, abondamment illustré, qui comble une lacune. PS   La guerre des Malouines de Charles Maisonneuve et Pierre Razoux (Larivière, 2002).
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L’idée d’une défense européenne commune est née après la fin de la Seconde guerre mondiale. Malgré les efforts et quelques échecs de taille (telle la CED en 1954), cette idée semble au point mort. Les intérêts nationaux restent prédominants. Lors de la guerre des Malouines, la Belgique a refusé de fournir des munitions au corps expéditionnaire britannique. En 2003, l’invasion de l’Irak a cristallisé les divisions entre Européens. La coopération en matière d’armements existe, mais les armées européennes continuent d’utiliser des dizaines de modèles de fusil d’assaut différents. Comment expliquer que la Grande-Bretagne refuse de participer à un programme de l’Agence européenne de défense (EDA) contre les snipers et les engins explosifs improvisés, alors que ses troupes en Afghanistan ou en Irak en sont les principales victimes ? Dès lors, on peut se demander si l’idée même d’une défense commune considérée par certains comme irréalisable ne devrait pas céder le pas à une coopération multilatérale. On pense ici à des coopérations autour du couple franco-allemand (avion de transport stratégique A400M, hélicoptères de combat, satellites d’observation ; Eurocorps, brigade franco-allemande), capables de corriger un tant soit peu le déséquilibre militaire transatlantique.   PS   L’Europe de la défense en chiffres* (chiffres 2005) Total des dépenses militaires 193 mia € - Opérations et maintenance 20,8 % - Investissements 18,4 % Total PIB 1,81 % Personnel militaire 1,8 mio Forces déployées à l’étranger 73’578 * = 24 Etats membres de l’Agence européenne de défense (EDA)     Comparaison Europe-USA (chiffres 2005)   Europe USA % PIB 1,81 % 4,06 % % investissements 18 % 32 % % troupes déployées 4 % 16 %   Pour en savoir plus Website de l’Agence européenne de défense : http://www.eda.europa.eu/ Website de l’Assemblée de l’UEO (rapports) : http://www.assemblee-ueo.org/fr/ Le Monde, 13.11.06, L’Europe de la défense s’essouffle, faute de capacités et de financement.
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